Blog Désirs d’Asie

Fille de joie

Voici la retranscription du texte de présentation du livre « Fille de joie », de Kiyoko Murata, par Frédérique, lors de la soirée Désirs D’Asie du 26 mai 2026, consacrée à la littérature.

Je vais vous parler de ce livre Fille de joie qui a été un vrai coup de cœur pour moi . Il se passe dans le milieu de la prostitution au tout début du 20è siècle au Japon.

J’ai beaucoup aimé le style de ce livre, très direct avec des descriptions précises , factuelles de la vie quotidienne et en même temps emprunt de délicatesse. J’ai bien aimé aussi sa sensibilité un peu rugueuse mais bien réelle qui transparaît tout au long du récit. On a vraiment l’impression de vivre à côté de l’héroïne , d’être emmené dans son quotidien.

L’histoire qui se passe en 1903 est une plongée dans l’Histoire du Japon, omniprésente au cours du récit mais le plus souvent de manière implicite via la vie de l’héroïne et des différents personnages qui sont pris dans le tumulte de cette grande transformation de la société japonaise avec l’arrivée de l’ère Meiji(début 1868), l’ouverture forcée du Japon à l’Occident et la transformation complète de la société japonaise avec notamment la fin du système féodal et la fin des samouraïs. Néanmoins on n’a pas l’impression d’étudier un cours d’histoire mais plutôt de vivre celle-ci en direct avec les personnages.

EXTRAIT : Son père –il s’agit du père de l’institutrice de l’héroïne, samouraï du shogunat Tokugawa- voulait quitter la capitale pour aller cultiver le thé à Shizuoka mais il n’avait pas l’argent nécessaire. Il se résolut à vendre sa fille aînée et l’implora d’accepter sans en parler à sa mère . Elle expliqua à sa mère qu’elle avait trouvé un emploi de répétitrice auprès des filles d’un riche marchand.

J’ai noté avec surprise que les protagonistes ne se rebellent pas contre cette situation forcée d’être vendue , le père à cette époque-là est tout puissant et prétexte le devoir filial, de devoir aider ses parents en acceptant son sort .

Certaines essaient quand même une fois arrivées de prendre la fuite , le plus souvent sans y parvenir et avec des conséquences désastreuses pour elles-mêmes et leur famille.

En 1903 il y a 2 ans que l’école féminine a été instaurée pour les prostituées, ce qui leur permet d’accéder à une instruction de base. C’est cette instruction qui va révéler Ichi, l’héroïne du livre , à elle-même, qui va la faire évoluer et aussi transformer son destin.

Je vais juste dire un mot sur l’autrice Kiyoko Murata . Elle est née en 1945 dans la préfecture de Fukuoka (au nord de l’île de Kyushu, l’île la plus au Sud-Ouest des grandes îles du Japon). Elle décide de devenir écrivaine en 1975 , alors qu’elle avait enchaîné après le lycée différents métiers comme vendeuse de journaux, ouvreuse de cinéma, serveuse de café tout en écrivant . Après une 1ère reconnaissance avec son roman la voix de l’eau , elle obtient différents autres prix dont le prix Akutagawa (l’équivalent du Goncourt) en 1987 pour le Chaudron qui sera adapté au cinéma par Akira Kurasawa.

Elle a fondé également une revue littéraire au Japon, en 1985 nommée Happyou . (Traduction: annonce , parution, publication )

Elle obtient le prix Yomiuri en 2013 pour fille de joie (parution en France en 2017).

Son dernier roman , Quand dansent les oiseaux est paru en France en 2025.

Je voudrais m’arrêter quelques instants sur le titre dans la version originale en japonais yuu jo kou qui est écrit en hiragana et non en kanjis, en idéogrammes, comme le plus souvent .  :yuujo signifie prostituéee , avec les deux kanjis de s’amuser et de femme mais le kou m’interpelle car ce son peut s’écrire en kanjis de différentes manières qui sont pour moi toutes signifiantes dans ce livre : l’école, la piété filiale, la joie, le mérite/le succès . J’émets l’hypothèse que cette porte ouverte à l’interprétation en n’écrivant pas en kanji est volontaire …. J’aimerais bien poser la question à l’autrice ou à la traductrice, Sophie Rèfle-Miyashita (qui est également la traductrice de Hireo Arikawa pour au-revoir les chats ).

Aoi Ichi l’héroïne a 15 ans quand elle est vendue au tenancier d’une maison close par ses parents, un pêcheur et une plongeuse d’une petite île volcanique au large de Kyuushuu , qui sont très pauvres et essaient ainsi de survivre.Tout le roman va nous ramener sans cesse à cette île, à ce mode de vie, à cette manière de ressentir la vie , comme si on était dans la tête d’Ichi . En effet elle compare sans cesse tout ce qu’elle vit , toutes ses sensations à ce qu’elle connaît dans son île et elle transforme la dureté du quotidien de sa vie actuelle en douceur avec des souvenirs de son île natale: par exemple le ciel , son seul espace de liberté , elle le regarde et elle y plonge comme dans la mer de son enfance,

ou bien quand elle vit une scène assez crue et violente d’épilation forcée , ça devient dans sa tête la réparation des filets de pêche . Comme si elle jouait avec la réalité pour garder le pouvoir sur une vie qu’on lui impose .

Ichi a un caractère bien trempé qui lui vient de cette île natale où la vie était rude . Et si elle peut intégrer une des meilleures maisons-closes du quartier réservé de Kumamoto, c’est justement parce qu’elle arrive de ce milieu de plongeuses qui lui a donné un corps si harmonieux , même si maintenant on la traite de«sauvageonne» qui parle le patois de son île et marche comme un garçon, deux caractéristiques qu’on veut lui ôter pour qu’elle soit dans la norme.

Le « quartier réservé » est un quartier entier de plaisir un peu à l’écart de la ville, tout à fait officiel, coupé du monde , comme il y en a alors à Tokyo ou à Kyoto ou dans les grands ports de pêche et dont les filles ne peuvent pas sortir librement. A l’intérieur de ce quartier , toute la vie y est organisée autour des filles, comme une marchandise dont il faut prendre soin , avec une hiérarchie très précise selon la qualité de la maison close selon l’expérience acquise etc ..

Elle a 2 ans théoriquement, entre 15 et 17 ans, pour être formée à l’art de ce métier grâce à une oïran (courtisane de haut rang) qui va « la dégrossir avant  utilisation » , lui enseigner le métier , qui l’initie à l’élégance, au savoir-vivre, lui enseigne les rites de séduction et les techniques sexuelles , mais aussi doit lui apprendre à accepter la soumission.

EXTRAIT : Les filles n’étaient pas immédiatement mises au travail. Les légumes qu’on vient de tirer de terre sont couverts de boue. Il faut les nettoyer, les débarrasser de leurs feuilles abîmées, les laver avant de les présenter sur un plateau.

Elle est confiée à une autre courtisane de haut rang Mlle Shinonome qui la prend sous sa protection et à une institutrice Mlle Tetsuko à l’école féminine du quartier réservé où les filles doivent apprendre à lire , compter, écrire. L’idée c’est qu’elles puissent correspondre agréablement avec leurs clients , et aussi tenir leurs comptes . En effet elles ont contracté une dette (l’argent ayant été versé à la famille) qu’elles mettront 10 ans minimum à rembourser.

Ichi découvre tantôt difficilement tantôt avec plaisir ce monde où on ne marche pas pieds nus, et où on la reprend sèchement :

EXTRAIT : les clients ne viennent pas ici pour acheter des vas-nus-pieds.

-Rappelle-toi que tu es un être humain et non un animal! Ichi retourne prendre ses sandales en courant.

Mais c’est aussi sa porte d’entrée pour découvrir le monde et lors du voyage de son île à Kumamoto elle prend plaisir à découvrir les beaux bâtiments de la ville qu’elle traverse avant d’ arriver au quartier réservé.

Sur place une fois arrivée elle découvre le luxe de la maison close , le moelleux des lits , elle aime sentir sous ses doigts, pour la première fois de sa vie, la douceur des kimonos qu’on lui a donné.

EXTRAIT : elle prit soudain le kimono et le frotta contre sa joue

Elle y découvre également la violence du tenancier à l’arrivée, qui tâte la marchandise dans leur intimité et fait son tri, aussi les premières leçons de l’oïran ,très pénibles, à la découverte de son futur métier .

Ichi aime beaucoup apprendre à l’ école féminine et elle découvre ce monde de la connaissance auquel elle n’avait pas accès sur son île. Cette bouffée positive et quotidienne est très importante pour elle.

Mlle Tetsuko , son institutrice apportera beaucoup à Ichi car celle-ci est très assidue aux cours, elle est volontaire pour apprendre, elle trouve une forme de liberté à écrire, à poser ses émotions sur son journal quotidien, à rêver avec les kanjis qu’elle apprend .

Quand on lui apprend comment il faut écrire à un client , elle dit qu’elle aussi a écrit une lettre d’amour et la lit à sa courtisane:

EXTRAIT : Quand il tombe des cendres

je me souviens de vous

Dieu de la mer

Vous seriez beau si vous étiez un Homme

Je n’ai rien compris , dit Mlle Shinonome ! D’abord , à qui cette lettre est-elle destinée ?

À une grosse tortue marine de chez moi.

Tout au long du livre , on se rend compte que le monde de son île de l’enfance l’habite sans cesse pour résister au monde cru, violent qui l’entoure et qu’elle subit. Elle emmène aussi le lecteur à retrouver de la douceur et à prendre du recul grâce à son île devenue comme un refuge imaginaire .

Les bains et l’école féminine sont 2 lieux importants de liberté pour les filles des différentes maisons-closes , car ces lieux leur permettent de se rencontrer , de discuter, de comparer , de prendre du recul ou d’être mis au courant des drames qui se produisent .

Certains pères non seulement vendent leur fille , mais ils viennent voir le tenancier souvent en cachette de leur fille et contractent une dette additionnelle qui prolonge d’autant le contrat de servitude

EXTRAIT : à la mi-novembre, 2 puis 3 puis 4 pères pauvrement vêtus apparurent dans les rues du quartier. Ils étaient venus se repaître de leurs filles.

On voit bien que leur salut ne peut pas venir de leur famille. Il faut chercher ailleurs

L’institutrice qui a décidé de rester pour éduquer toutes ces jeunes filles quand elle a eu fini de payer sa dette, se nourrit des pensées de Fukuzawa Yukichi et cette phrase de ce penseur de l’ère Meiji l’interpelle :

EXTRAIT : L’homme pauvre qui a des connaissances est le plus redoutable .

Une grève dont elles sont témoins sur les chantiers navals nourrit beaucoup leur réflexion, des filles commencent à penser collectivement, d’autre part il y a cette loi qui n’est pas appliquée ,terrible par les mots qui s’y trouvent,«l’édit de libération du bétail» , qui concerne les animaux et les prostituées mais qui aurait l’avantage de pouvoir annuler leurs dettes

EXTRAIT : de la même manière que personne n’irait demander à un animal de rembourser une dette, on ne saurait demander à une prostituée de rembourser la sienne

Elles ont également quelques contacts hors du quartier réservé grâce à une ancienne oïran

Le système vacille …Le pouvoir qu’elles ont toujours gardé au fond d’elle-même veut se manifester.

Et ce dernier extrait pour terminer :

EXTRAIT : Elle ôta ses vêtements . Son corps était aussi lisse que ceux des poissons. Elle se sentait bien . Je vous remercie toutes , lança t-elle dans son rêve.

En avril ne te découvre pas d’un fil

Selon l’énergétique chinoise avril correspond à la seconde moitié de la saison du printemps, et la fin du mois correspond à la transition (l’intersaison) vers le début de l’été.

L’asperge est un légume emblématique du mois d’avril. Elle est consommée sous sa forme sauvage chez les égyptiens et les grecs, puis est cultivée autour du bassin méditerranéen et consommée comme médicament puis comme aliment. Les romains développent fortement sa culture pour en faire un mets de luxe. En France il faut attendre le XIIIème siècle et Louis XIV pour qu’elle retrouve une place de choix dans l’art culinaire français. Mets de luxe jusqu’au XIXéme elle est aujourd’hui accessible à tous. La Chine découvre l’asperge par l’intermédiaire des arabes grâce aux échanges commerciaux le long de la route de la soie.

Il existe aujourd’hui une vingtaine d’espèces comestibles classées en 3 groupes :

  1. Les asperges vertes, les plus communes ;
  2. Les asperges blanche, cultivées à l’abri de la lumière ;
  3. Les asperges violettes, donc la saveur est plus prononcée.

Selon la diététique chinoise, l’asperge :
– est de Nature fraîche ;
– est de Saveur douce et amère ;
– a comme Tropisme (méridiens destinataires) : Poumon, Vessie et Gros Intestin.

L’Asperge a pour fonctions et indications de :
Clarifer la Chaleur, Favoriser la diurèse.
Diurétique, antiseptique des voies urinaires.
Indiquée dans les troubles des troubles de la miction : strangurie (mictions fréquentes, pressantes, peu abondantes, douloureuses), dysurie (diffcultés à uriner), oligurie (urines rares).
Rafraîchir le Sang et Arrêter les saignements.
Indiquée lors des saignements du haut du corps : épistaxis (saignements de nez), hématémèse (vomissements de sang), gingivorragie (saignements des gencives).
Lubrifer et Clarifer les intestins, Débloquer les selles.
Laxative.
Indiquée lors des constipations avec selles sèches.

Cuisson de quelques minutes à la vapeur ou à l’eau sinon elles deviennent très amères.

L’association Asperge – Boeuf :
– Accélère le métabolisme
– Retarde le vieillissement ;
– Protège du cancer.

Selon la médecine occidentale, l’Asperge :
– est hypotensive : permet de baisser la tension artérielle ;
– est hypolipémiant : permet de baisser l’excès de cholestérols et de triglycérides) ;
– traite la fatigue et l’anémie.

Ma Recette printanière d’asperges vertes
Cuisson à la vapeur 3 à 5 min selon le calibre des asperges.
Un filet de vinaigre balsamique, 2 à 3 tours de moulin à poivre noir, quelques grains de fleur de sel de l’île de Ré.
Pour un repas complet :
Du riz rond blanc vinaigré, cuit à la japonaise.
Accompagnements :
– carottes découpées en rondelle et cuite à la vapeur,
– un œuf mollet ou de bœuf (steak haché ou bifteck cuit au four) ou de poisson
(cuit au four en papillote avec du citron et des épices).
Un bon thé en fin de repas

Yangshuo

La ville de Yangshuo située à 90km au sud de Guilin et à 30 km au sud de Xingping s’étale sur une des rives de la rivière Li.
Elle est passée de 40 mille habitants il y a 30 ans à plus de 300 mille habitants aujourd’hui. Comme Xingping, elle est entourée de pics karstiques et attire de nombreux touristes chinois et étrangers. Des balades en bateau ou en radeau de bambou permettent de d’admirer les beaux paysages offerts par les pics karstiques.

Le meilleur moyen de découvrir ses environs est de louer un scooter électrique ou un vélo. Si on préfère marcher, on peut aussi se faire véhiculer par un Didi, l’équivalent de Uber.

Je m’y suis trouvée pendant la fête de Qingmingjie, le moment où on nettoie les tombes et où l’on rend hommage aux ancêtres. Des pétards explosaient partout pour honorer les défunts et éloigner les mauvais esprits. Cette pratique est interdite dans des villes comme Pékin, Shanghai ou Canton mais elle est tolérée dans les plus petites villes.

La province du Guangxi s’appelle la région autonome Zhuang du Guangxi. Sur une population de 50 millions d’habitants, l’ethnie Zhuang compte près de 20 millions de personnes. C’est l’ethnie la plus nombreuse après les Han. Les Zhuang ont obtenu leur autonomie en 1958 et sont restés fidèles à leur devise : rester unique, rester Zhuang tout en faisant partie intégrante de la Chine. Les personnes âgées pensent cependant que les Zhuang ont été largement assimilés. Ils ont gardé leur langue orale mais pas leur langue écrite qui avait été latinisée comme celle de leur voisin, le Vietnam.

Xingping au Guangxi

Xingping est une petite ville située à environ 70km au sud de Guilin, au bord de la rivière Li.

Elle est entourée de pics karstiques et les touristes chinois y viennent principalement pour faire une balade en bateau sur la rivière et pour se faire photographier devant le paysage figurant sur le billet de 20 yuan. On peut aussi grimper sur Laozhaishan, un des pics surplombant Xingping. Un ferry permet d’aller se balader sur une petite île plantée de bambous et de vergers de mandariniers.

Chengyang au Guangxi

Après Zhaoxing au Guizhou, nous nous retrouvons dans le village de Chengyang composé de 8 hameaux entourés de plantations de thé. C’est un village Dong dont les constructions sont majoritairement en bois. Nous dormons dans une Guesthouse joliment restaurée. Des panneaux demandent aux clients qui logent aux 2ème et 3ème étage de faire attention aux voisins du dessous lorsqu’ils marchent mais comme nous sommes seules, la nuit a été très silencieuse. Le village possède, comme à Zhaoxing, des tours du tambour et des ponts du vent et de la pluie pour se protéger des éléments. Chaque quartier ou clan dispose de sa tour du tambour, lieu de réunion, de discussion et de cohésion sociale. Dans un des 8 hameaux, nous avons rencontré des femmes filant et tissant du coton. Dans un autre, se tenait un grand banquet dressé devant une scène où des hommes et femmes Dong chantaient et dansaient.

Le village Dong de Zhaoxing au Guizhou

Ce petit village est situé à 600m d’altitude environ. Il possède 5 tours du tambour, lieu où les locaux se retrouvent pour jouer aux échecs, discuter ou passer un moment. Le soir, ils allument un feu dans un foyer en pierre pour se réchauffer. Les tours du tambour sont précédées d’une grande place où les Dong chantent et dansent le soir. Les Dong sont environ 3 millions et vivent principalement au Guizhou, au Hunan et au Guangxi. Ils sont connus pour leurs constructions en bois comme les tours du tambour et les ponts du vent et de la pluie. Ils vivent de la culture du riz, de l’élevage de poissons dans les rizières et de l’élevage de canards.À Zhaoxing, ils vivent principalement du tourisme. Nous avons fait une randonnée dans les rizières vers le petit village de Tan An perché à 900m d’altitude, ici les habitants vivent principalement de la riziculture.

Voyage au Guizhou et au Guangxi

Arrivée avec ma fille à Guiyang, capitale du Guizhou, le 15 mars par un TGV en provenance de Guangzhou (Canton). Le trajet dure entre 3h30 et 4h pour parcourir environ 950km. En arrivant à Guiyang située à 1000m d’altitude, il faisait 11 degrés. Nous avons perdu entre 10 et 15 degrés par rapport à Canton et il pleut. Mais nous ne nous réchauffons pas au Maotai, l’alcool national produit à Zunyi au nord de Guiyang.

Le lendemain, nous avons pris les transports en commun (métro et bus) pour nous rendre à Qingyan, une ville fortifiée édifiée au 14ème siècle et carrefour d’échanges entre les provinces du sud-ouest de la Chine. C’est ainsi qu’on peut visiter des temples bouddhiste, taoïste, une église chrétienne et des résidences d’éminents personnages. De nombreuses boutiques et restaurants jalonnent les vieilles rues. Nous avons évité le pied de cochon, une spécialité du coin pour nous régaler d’une autre spécialité locale comprenant différents légumes à manger dans des petites galettes de riz.

De Guiyang, nous avons pris un TGV pour Anshun située à une centaine de kilomètres au sud-ouest de la capitale. De là un Didi, l’équivalent de Uber pour visiter les chutes de Huangguoshu, un site déclaré patrimoine national qui figurait avant sur les billets de 50 yuan.
Le soir et le lendemain matin, nous nous sommes baladées dans la vieille ville où nous avons rencontré de joyeux touristes se rappelant les chants révolutionnaires qu’ils chantaient lorsqu’ils travaillaient à la campagne. Puis nous avons pris un nouveau TGV pour Kaili. Le trajet qui durait encore 4 à 5 heures jusqu’en 2017, ne dure plus qu’1h15.

Kaili est un point de départ pour se rendre dans des villages habités par des ethnies minoritaires comme les Miao ( Hmongs). Nous sommes allées voir 2 villages Hmongs, l’un spécialisé dans la fabrication de textiles et de broderies, l’autre dans la fabrication de papier. Et nous avons visité un village habité par des Gejia spécialisé dans la fabrication de batiks. Ces villages étaient quasiment déserts, tout le monde étant parti travailler en ville. Ils revivent surtout au moment des fêtes lorsque les familles se retrouvent.

De Kaili, nous sommes parties en train ordinaire cette fois jusqu’à Zhenyuan située à l’est de Kaili. C’est une petite ville touristique établie au bord de la rivière Wuyang. Nous nous sommes installées dans une petite Guesthouse située dans la vieille ville. Zhenyuan est une ancienne base militaire, carrefour d’échanges entre le transport terrestre et le transport fluvial. Nous y avons monté et descendu de nombreuses marches et sommes parties en balade sur la rivière Wuyang. Pour qui aime voir passer les trains, il y a un point de vue intéressant du haut des remparts.
En revenant de notre balade sur la Wuyanghe, notre chauffeur de taxi a fait une halte le long de vergers de pêchers poussant dans des champs de colza. Comme c’était un samedi, beaucoup venaient prendre des photos et se retrouver autour de barbecues.

De Zhenyuan, nous avons pris une voiture pour Congjiang. Le trajet en train aurait duré 7 heures car il fallait repasser par Guiyang, alors qu’en voiture nous n’avons mis que 2h30. Congjiang est aussi un point de départ pour aller dans les villages et les rizières en terrasse. Nous avons visité le village Hmong de Basha avec ses maisons en bois sur pilotis, ses grands portiques sur lesquels est stocké le riz et ses bâtons en bambou sur lesquels sèchent les feuilles de colza. Le lendemain, nous sommes allées à 80km de Congjiang admirer les rizières en terrasse de Jiabang. Les Hmongs utilisent également les rizières pour élever des poissons. Celles-ci se situent entre 500 et 900 m d’altitude et couvrent 660ha.

Rencontre avec la religion

Ce voyage était placé sous le signe du fait religieux puisque nous avions décidé de partir pendant la semaine sainte pour vivre au plus près des gens la ferveur religieuse très présente en Arménie.

Les arméniens sont chrétiens et appartiennent majoritairement à une église qui leur est propre : l’église apostolique arménienne. L’Arménie a été le premier peuple à choisir le christianisme comme religion d’état vers l’an 300.

Alors qu’il persécutait les chrétiens, le roi Tiberiate est tombé malade. la légende veut qu’il se prenait pour un sanglier et il fut soigné par Grégoire l’illuminateur qu’il avait emprisonné. Il décida alors de se convertir et de faire du royaume d’Arménie un état chrétien.

Les églises en Arménie sont donc présentes partout et souvent très anciennes. La liturgie est différente de celle du catholicisme et elle se différencie notamment par l’omniprésence de la musique avec, dans chaque église, des choeurs masculins et féminins dont les chants rythment la messe, et de ce fait rendent les messes arméniennes très émouvantes.

Pour le premier jour de la semaine sainte, le jeudi, nous sommes allés à Etchmiadzin, qui est située à une vingtaine de kilomètres de Yerevan, et qui est le siège du catholicos, la plus haute autorité religieuse du pays.

les prêtres sont habillés tout en noir, avec de drôles de coiffes sur la tête, ce qui donne un aspect mystérieux à la cérémonie.

Tout ça sous la silhouette bienveillante du mont Ararat qui, d’après la bible, est la montagne sur laquelle l’arche de Noé a échoué après le déluge.

Le moment le plus étonnant de cette journée de jeudi fut la messe dite des ténèbres. Au début de l’office onze bougies sont allumées (une pour jésus et les autres pour les apôtres, excepté Judas qui est associé à la bougie noire et qui ne sera jamais allumée.

Les bougies sont éteintes au fur et à mesure de l’avancée de la messe (4h en tout !) et lorsqu’elles sont toutes éteintes, la lumière dans l’église s’éteint et tout le monde se retrouve dans le noir avec le choeur qui reprend alors un chant sacré. C’est très beau, même si on ne croit pas en Dieu. On essaie juste de ne pas bouger pour ne pas écraser les gens qui alors s’agenouillent sur le sol de l’église tout autour de nous.

Manger et boire à Erevan

Ce qu’on peut affirmer sans se tromper, c’est qu’à Erevan on mange bien ! Les influences de la cuisine arménienne sont diverses, aussi bien moyen-orientales que russes.

Mezzés dans un restaurant de cuisine syrienne. © Alain Grandgerard

Côté boissons, l’Arménie est célèbre pour son fameux café qu’on évite de boire jusqu’au fond de la tasse si on veut éviter d’avoir la bouche pleine de marc.

Depuis quelques années, on trouve à boire du vin arménien dont la vinification a évolué vers les gouts occidentaux. Les vins rouges sont désormais secs, ce qui n’était pas forcément le cas auparavant. C’est ainsi que nous avons pu déguster un vin de la région de l’Artsakh (appelée en français, le Haut-Kalabakh), entrée tristement dans l’actualité après l’exode forcé de la population arménienne (qui y habitait depuis toujours) suite à la dernière guerre avec l’Azerbaïdjan.

Vin de l’ex région autonome « Artsakh ». © Alain Grandgerard

Dernière expérience un peu brutale : le repas au cognac. Le plus célèbre est le cognac « Ararat » qui va bientôt perdre le droit de s’appeler ainsi afin de protéger notre cognac national. Invités à midi chez un réalisateur de films arménien, nous avons démarré au cognac, continué au cognac et terminé … au cognac. La sieste a été bien méritée.

Cognac Ararat et baklavas. © Alain Grandgerard

L’influence russe se retrouve dans la vodka qui se sert également pendant le repas et qui est vendue au poids.

Arrivée à Erevan

Erevan fait partie des capitales méconnues mais où il fait bon vivre. Elle ne cache pas ses origines soviétiques avec ses grandes avenues bordées de grandes bâtisses construites avec cette pierre rose caractéristique.

Si le temps n’est pas génial (il pleuviotte), le printemps pointe néanmoins son nez avec notamment la floraison des arbres de judée.

Arbre de judée en fleurs

Même si les taxis sont partout dans la ville, on aime s’y promener à pied. Et la visite du jour était le musée Matedanaran qui conserve, restaure et expose une collection de vieux manuscrits arméniens mais aussi venant d’autres pays.

Machtots, le concepteur de l’alphabet arménien, Koryun son disciple (agenouillé) et Gorune (l’homme à la casquette).

L’alphabet arménien est très différent de ce qu’on peut connaître. Ceci rend difficile le repérage dans la ville. Surtout que la deuxième langue utilisée est souvent le russe avec l’alphabet cyrillique.

Par exemple, le mont Ararat (qui se trouve désormais en Turquie) s’écrit Արարատ en arménien et арарат en cyrillique.

Découvrir ces vieux livres reste toujours un moment plein d’émotions. Beaucoup d’entre eux sont des livres religieux mais certains parlent de médecine ou d’histoire comme celui ci-dessous qui relate les conquêtes d’Alexandre le Grand.